à Port-Sainte-Foy.

assis, nous jacassons, nous regardons passer les gens...

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Sur le mur d'en face, une inscription finit de se dégrader : "Ici commence la région des grands vins de Montravel". Dans les années 1950, elle était en parfait état. Elle date probablement de la création de la cave coopérative de Port-Sainte-Foy, en 1935. Quand j'étais tout gamin, cette inscription me fascinait : comment une région de grands vins peut-elle commencer ici, sur ce mur ? La réponse est venue plus tard, aujourd'hui, cette pub est illisible...

Je photographie le pont :

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Une image vaut mieux qu'un long discours :

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Regardez l'arbre, sur la gauche. Le voici :

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C'est le lointain successeur de l'arbre de la Liberté qui fut planté à cet endroit précis pendant la Révolution Française. A quelle date ? peut-être en 1792, je n'ai pas vérifié.

Chaque fois que l'arbre a crevé, pour des raisons x, il fut remplacé. Je pense au poème de Paul Eluard, Liberté :

"Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Liberté"

Le monument aux morts a remplacé la vieille maison du coiffeur qui montre le nez sur cette ancienne carte postale :

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Victor Hugo écrivit :

"Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie

Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie."

C'est ce que l'on appelle aujourd'hui le "devoir de mémoire".

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Ce devoir, je le remplis volontiers à propos de cette plaque consacrée à David Melamed.

Le père de David et son épouse, née Lévy, étaient "chemisiers" à Bordeaux, 133 rue Sainte-Catherine. Là, ils avaient remplacé Mme Sabatier et son magasin de "Modes".Ils eurent trois garçons, David, René et André. Ils connaissaient bien M. Frédet, de Port-Sainte-Foy. Pendant l'Occupation allemande, pour les préserver des lois anti-juives de Vichy, M. Frédet leur trouva un logement à Port-Sainte-Foy. Le jeune André (né en 1931) fut logé aux Bories, commune de Vélines, chez Ernest Rolland.

En 1943, David et René décidèrent de rejoindre la résistance gaulliste. Le frère aîné mit son violon en gage chez une riche famille protestante de la Gironde. Il en tira 10.000 francs, et les deux frères partirent pour Martigues. Du côté de Port-de-Bouc, ils furent livrés aux Allemands par un passeur. On leur fit écrire une lettre pour dire à leur famille de les rejoindre. Ils ajoutèrent : "dites bonjour à l'oncle..." et ils remplacèrent son nom par ces mots, en ladino : "ne venez pas". Tous deux furent déportés et assassinés.

Un jour, cette plaque sera remplacée par une qui portera : "David et René Melamed, morts en déportation, 1943".

J'ai bien connu leur frère cadet, André. Il jouait merveilleusement bien du violon...

Il faisait beau, j'ai levé la tête

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Le Café du Pont est devenu le Bar du Port. La bâtisse date de la fin du 19ème siècle, et les grilles en fonte des fenêtres, au premier étage, viennent des fonderies de Pont-à-Mousson qui eurent un dépôt à Mussidan. J'ai eu la flemme de scanner le catalogue...

J'ai traversé la rue, ils sont tous sortis et je les ai photographiés

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C'est une belle conclusion pour ce tourisme rapide depuis chez Mimile.